« Nostalgie de l’Absolu »… Que peut bien désigner ce syntagme sinon un état tout particulier qui est une aspiration, un mouvement vers Quelque Chose qui m’appartient de façon intime et qui, en même temps, me manque ? J’ai la nostalgie de quelqu’un ou de quelque chose de spécifique, auquel j’étais – et je suis toujours – attaché, la nostalgie que j’éprouve étant, dans ces cas, bien déterminée. Je ressens la douleur de ne plus être uni à ce « quelque chose » dont je désire la présence, la douleur d’être absent à la fois à un autre être et à moi-même, jumelée au sentiment que je suis et que j’ai toujours été à moi-même et avec moi-même, à travers tout ce qui est. Je suis donc dans un état paradoxal, en même temps que tous les êtres spirituels et matériels de cet univers : je suis en plein mouvement. Le fait que j’éprouve de la nostalgie révèle précisément le mouvement fondamental de l’esprit qui anime la matière, en cherchant, à travers chacun de ses éléments constitutifs, son unité plus profonde. En fait, on pourrait dire que l’Être sous tous les aspects qu’il revêt, est né de la nostalgie originaire d’être, que Dieu, présent dans tout ce qui est, S’ouvre à Soi, désirant retrouver sa véritable identité ; mon être humain n’est qu’une de ses parties, infinies en nombre, qui désire être à Soi et avec Soi.
Né en 1944 à Timișoara (Roumanie), Corneliu Mircea est docteur en philosophie et docteur en psychiatrie. Professeur associé de métaphysique à l’Université de l’Ouest de Timișoara ; professeur invité à l’Université de Poitiers (1997). Parmi les livres publiés, en roumain : Le Livre de l’Être (1980), Être et conscience (1984), Discours sur l’Être (1987), L’éthique tragique (1995), Traité de l’Être (2001), Être et extase (2002), Le Divin (2006) ; en français : Traité de l’Être (Éditions Kimé, 2015), Traité de l’esprit (Kimé, 2018). La 2e édition en roumain du Traité de l’Être a reçu le prix d’Académie Roumaine.






