Après les heures de gloire, puis une période de purgatoire, Bergson est désormais étudié comme un classique. Pourtant on ne peut enseigner sa philosophie sans se heurter aux oublis volontaires et aux artifices rhétoriques qui lui permettent d’aboutir à ses conclusions spiritualistes. Il prétend dévoiler une partie du réel qui échappe aux méthodes cartésiennes, et, pour cela, il utilise l’intuition et une méthode de recoupement. Il prétend que l’on pourra bâtir ainsi une métaphysique positive. Mais que vaut cette prétention ? Et pourquoi ce programme ne s’est-il jamais réalisé ? Il a pensé qu’il pouvait explorer un domaine de l’être, y faire des découvertes, produire des connaissances et les faire évoluer. Mais est-ce vraiment le rôle de la philosophie ?
Il avait eu affaire de son vivant à de farouches adversaires : Berthelot, Benda, Le Dantec, Borel, Russell, Politzer… Avec le recul du temps, l’approche critique se renouvelle, prend une tournure moins polémique et plus pédagogique. Il faut reconnaître à ce philosophe un formidable talent pour aborder les problèmes. Mais il est très difficile de le suivre jusqu’au bout. C’est là ce qui a motivé notre introduction critique, la première du genre.
Né en 1969, Laurent Fedi est maître de conférences à l’Université de Strasbourg. Il enseigne depuis plus de dix ans la philosophie de Bergson. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles centrés principalement sur les philosophies françaises des XIXe et XXe siècles et la réception de Kant en France.